ENFANCE et JEUNESSE
Deux enfants de Germain Gauthier et de Jeanne Beauchamp ont porté successivement le nom
de Joseph. Le premier, baptisé à Boucherville le 8 janvier 1694 y fut inhumé le 1er
juillet 1700, « s'étant
noyé accidentellement le même jour » , peut-on lire dans son acte de sépulture. On se
souvient que le « coulée du petit lac » limitait la devanture de la terre de Germain Gauthier et, selon
toute vraisemblance, c'est dans ce gouffre que l'enfant aurait trouvé la mort.
Le second Joseph, celui qui fait l`objet de ces notes naquit aussi à Boucherville et il y
fut baptisé le même jour, i.e. le 29 juin 1704 sous le nom de Pierre Joseph. Il eut pour
parrain son frère jean et pour marraine sa cousine Catherine Larrivée. Il était le
dernier né des enfants de Germain Gauthier.
Il n`avait pas encore ses huit ans lorsque mourut sa mère le 20 décembre 1711. Denise
l`aînée de la famille que le décès de son unique enfant et de son mari survenus coup
sur coup en 1703 avaient laissée disponible était revenue depuis trois ou quatre ans
vivre avec ses parents, à la Côte St-Joseph apportant ainsi à sa mère l`aide et le
réconfort qui lui devenaient de plus en plus nécessaires. Celle-ci partie pour un autre
monde meilleur, elle prit définitivement charge de la maison, d`abord au deuxième rang
durant un ans, puis, à compter de décembre 1712, au village de Boucherville où son
père était alors venu se fixer pour le reste de ses jours. Joseph y passa sa vie; il fut
le seul des garçons de Germain Gauthier qui ne se fit pas « habitant ». Cela
s'explique par le fait que n'étant âgé que de huit ans lorsque son père se retira au
village, il n`avait pas appris à travailler la terre et n`avait donc pu en prendre le
goût ni en concevoir le projet. Peut-être bien aussi qu`il n`était pas de santé assez
robuste, comme on peut le supposer du fait qu`il n`atteignit pas sa cinquantième année
alors que tous ses frères et surs vécurent jusqu`à un âge fort avancé pour
l`époque.
Au début du 18e siècle, il y avait à Boucherville, et ce depuis 1689, une « petite
école » pour les garçons, et c'était le Frère Durant de l`Institut des Frères
Charon, « chantres et instituteurs » qui la tenait en 1712. Joseph fréquenta
sans doute cette école, car contrairement à ses frères , il savait écrire et sa
signature témoigne d`un certain apprentissage scolaire. Toutefois, celui-ci du être de
courte durée, le Frère Durant étant décédé en 1714.
Un autre apprentissage allait accaparer son temps, son attention et ses forces, car, s`il
n`allait pas être défricheur, il serait artisan comme il y en avait alors plusieurs au
bourg de Boucherville. En effet, il s`y trouvait des menuisiers, charpentiers, des
maçons, des taillandiers, des tanneurs, des cordonniers, des tailleurs d`habits, des
tonneliers, etc. C`est ce dernier métier que Joseph choisit d`apprendre et de pratiquer
d`abord ici.
OUVRIER TONNELIER
C`était un très ancien et très utile gagne-pain, un métier traditionnel de la vielle
France où le tonnelier a 20 siècles d`existence!
Longtemps, ce furent les
charpentiers qui le fabriquèrent. Cependant, au XIIe siècle, les spécialistes y
formèrent une corporation qui prit le nom de tonnelier ou de futailliers et, selon les
régions, ceux de broquiers, de lieurs de cuves et muids
En ces temps de servage,
l`ouvrier tonnelier était un homme libre disposant de son outillage et payé à la
pièce. Mais il importait que le travail fût bien fait et la pièce de bonne qualité.
Comme l`ancienne France, la Nouvelle avait aussi, bien qu`à un degré moindre, besoin de
tonnelier. Si la culture de la vigne, la fabrication et le commerce du vin et de
l`eau-de-vie n`étaient pas, ici comme là-bas, leur principale raison d`être, il leur
restait quand même un marché considérable à satisfaire et ils ne devaient guère
chômer. En effet, nos ancêtres utilisaient quotidiennement à la maison ou aux
bâtiments une multitudes de contenants en bois fabriqués par les tonneliers d`ici. Les
inventaires du temps en mentionnent de plusieurs sortes : baquets, seaux, cuves, barils,
barriques, futailles, bailles, saloirs, choniers, tinettes et tonneaux
et un
contenant pour mesurer le grain, le demi-minot (1), dont l`usage s`est perpétué jusqu`à
nos jours. Certains de ces récipients, comme les seaux, les tinettes, les cuvettes
étaient faits de pin, bois alors abondant au pays, facile à travailler et quasi
imputrescible. Il offre de plus l`avantage de gonfler au contact de l`eau ce qui en
assurait l`étanchéité. D`autres, en plus grand nombre étaient obligatoirement de
merisier, de chêne ou d`érable, bois solides, aux fibres serrées et fines.
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Fabriquer de beaux tonneaux et autres contenants de même espèce demandait un tour de main d`expert et requérait quatre opérations : |
le dolage, c`était la préparation de douelles à même la pièce de bois brut qu`il fallait tailler, amincir, aplanir et lui donner la forme, les dimensions et la courbe voulues le bâtissage, c`était l`assemblage des douelles, le cerclage qui se faisait le plus souvent avec du bois qui les resserrait et enfin, le jablage qui consistait à creuser, à chacun des bouts des douelles, la rainure transversale pour y insérer et assujettir les bords des fonds du tonneau (2).
Pour mener à bien ce travail, le tonnelier disposait
d`outils spéciaux, introuvables aujourd'hui pour la plupart, même dans les musées
d'antiquités paysannes. Il est permis de douter que Joseph Gauthier ait possédé
l`outillage complet des gens du métier mais on note cependant dans l`inventaire de ses
biens qu`il y en avait un certain nombre : compas, plane, contre, jabloire, scie
Un
autre tonnelier exerçait aussi son métier au village de Boucherville à cette époque,
il s`agit de Joseph Laporte
témoins à nombre d`actes.
Si son métier ne l`enrichit pas, Joseph Gauthier en vécut à coup sûr sans peine. À
preuve, il put assez tôt dans sa jeunesse économiser de quoi acheter, de Pierre
Arrivée, son cousin, « Un emplacement situé dans le bourg de Boucherville sur la rue
Saint-Pierre et contenant quarante pieds de front et en profondeur tout ce qui se trouvait
de terre jusqu`à l`emplacement de Pierre Gauthier
pour le prix de quatre-vingt
livres en argent sonnant et quarante minots de bled, bon, loyal et marchand
»
(Tailhandier, 24-8-1726).
Même si le défrichement de cette terre était peu avancé, et peut-être pour cette
raison, cet achat était un bon placement pour Joseph. Comme tonnelier, il avait besoin de
matière première, sans compter le bois de chauffage, seul combustible de nos pères. Et,
n`allons pas croire que la forêt étant omniprésente, chacun n`avait qu`à y puiser et
qu`à se servir à son gré! Une ordonnance de l`intendant Dupuy de 5 avril 1727 faisait
défense : « à tous, seigneurs et habitant, charretiers, charpentiers, charrons,
tonneliers, menuisiers, etc., de couper, entailler, abattre, bûcher et enlever aucun bois
sur les terres et seigneuries d`autrui à peine de 100 livres d`amende et de punitions
corporelles contre ceux qui ne pourront pas réparer le dommage causé. » (Édits et
ord. royaux).
Cinq ans seulement après avoir acquis cet emplacement sur lequel il avait fait bâtir une
maison et un petit atelier, il l`échangeait avec Daniel Poirier pour «
un autre
emplacement de trente-six pieds de front sur soixante-douze de longueur situé aussi dans
le bourg de Boucherville et tenant par le devant à la rue Saint-Jean, la parallèle
d`autant qui joint d`autre bout, en profondeur à l`emplacement de Marien Tailhandier. »
(A. Loiseau, 7-3-1731). Cet échange était fait « moyennant la somme de 225 livres de
retour » que le sieur Poirier s'obligeait à payer à Joseph Gauthier dans un ans.
LE TONNELIER JOSEPH GAUTHIER PREND FEMME
Joseph Gauthier allait atteindre sa trentième année lorsqu`il épousa, à Boucherville,
le 3 mai 1734, Marie-Josephe Louvois, fille de Jacques Louvois et de Barbe Cézar. Leur
contrat de mariage fut reçu quelques jours plus tard par le notaire Antoine Loiseau, sous
le No 302 de ses minutes, et en la maison de Jacques Louvois à la Côte Saint-Joseph en
présence de nombreux témoins. Naturellement, Joseph Gauthier y stipulait en son nom, et
pour lui-même; il était assisté de ses frères Jean, Pierre et François, de ses
belles-surs : Marie Storer, Isabelle Paillé et Magdeleine Tessier; de ses cousins :
Pierre et François Arrivée; de ses neveux : Pierre et Paul Gauthier et « de nombreux
amis ». Quant à Marie-Josephe Louvois, qui n`avait que 18 ans, ses père et mère
stipulaient pour elle; ils étaient accompagnés de leur autres enfants et « de
plusieurs demoiselles de Boucherville » amies de l'épouse. Le douaire de la future
épouse était de 600 livres et le préciput du survivant de 300 livres. Le futur époux
déclarait posséder « en bonne acquisition, une terre de deux arpents sur 25 de
profondeur située au quatrième rang de Boucherville ». Il l'avait achetée trois
ans plus tôt de M. de Montbrun. Joseph déclarait aussi « posséder un emplacement de
36 pieds sur 72 situé rue Saint-Jean au bourg de Boucherville entre le Sieur Labeaume et
Joseph Laporte. » (A. Loiseau, 9-5-1734).
LE TONNELIER JOSEPH GAUTHIER SE FAIT AUBERGISTE
Moins de trois ans après son mariage, Joseph Gauthier était devenu aubergiste à
Boucherville. Ce sont des actes notariés où notre homme fut partie à cette époque, qui
nous révèlent sa nouvelle profession. Ils sont tirés du greffe d`Antoine Loiseau et
datés du 18 janvier et du 24 octobre de la même. Dans tous les documents qui le
concernent et qui sont postérieurs à ces années, Joseph sera toujours dit aubergiste,
et ce, jusqu`à son décès. Il est bien improbable cependant qu`il ait pour autant
renoncer à son métier de tonnelier. Tenir auberge à Boucherville en ce temps-là ne
devait pas être bien lucratif et c`était sans doute une seconde corde qu`il ajoutait
ainsi à son arc. D`ailleurs, il gardera jusqu`à la fin de sa vie ses outils de tonnelier
comme on peut le constater par le procès verbal de la vente des biens de sa communauté
avec Marie Joseph Louvois alors qu`il rachète tous ses outils de tonnelier « prisés
et estimés ensemble à 16 livres et 10 sols ». (A. Loiseau, 27-8-1752) Mais s'il ne
cessa point de fabriquer des tonneaux et des cuves, Joseph Gauthier fut d'es lors connu et
désigné comme « aubergiste à Boucherville » Que comprenait donc cette
profession?
Il y avait dans notre pays, sous la domination française, des cabaretiers et des
aubergistes où l`on trouvait à manger, à coucher et où l`on pouvait se faire servir à
boire de la bière, du vin, de l`eau-de-vie et du tafia. L`hôtellerie remonte ici à la
moitié du 17e siècle, ses lettres d`établissement lui ayant été accordées en 1648
par le Conseil de la Nouvelle-France. C`est à Québec qu`elle a débuté avec un certain
Jacques Boisson dont le nom seul était le plus convaincant message publicitaire qui fut
jamais
À Montréal, il ne paraît pas y avoir eu de cabaret avant 1663, mais
l`arrivée du Régiment de Carignan en fit surgir quelques-uns.
Au temps où Joseph Gauthier commençait de tenir auberge à Boucherville, il était
probablement l`un des très rares hôteliers de campagne dans la région montréalaise. On
n`en trouvait guère alors que dans les villes de Québec, de Montréal et des
trois-Rivières. Bougainville nous apprend qu`en 1755, « il n'y avait aucun cabaret
sur la route de Québec à Montréal ». Que les choses ont changées depuis sur le
Chemin du Roy! Notre homme fut-il le premier aubergiste de Boucherville? Après avoir lu
les répertoires et un bon nombre des actes rédigés par les notaires Tailhandier et
Loiseau, je suis enclin à le penser.
La clientèle ordinaire des cabaretiers et des aubergistes se composait, bien sur, des
habitants qui venait s`y ravitailler en vin et en eau-de-vie, mais surtout de marchands
forains, de plaideurs, de coureurs de bois et de voyageurs de la fourrure.
L`activité hôtelière était bien minutieusement réglementée. Au temps de Joseph
Gauthier, c`était la grande ordonnance de l`intendant Dupuy qui était en vigueur, et ce
depuis 1726. Cette ordonnance contenait quatorze articles ou prescriptions et défenses à
l`adresse principalement des cabaretiers ou débiteurs de boissons à petites mesures,
mais plusieurs s`appliquaient aussi aux aubergistes. C`était le cas des articles 5, 6, 7,
9 12 et 13, dont la teneur nous donne une idée des murs de l`époque. Ainsi
l`article 5 prescrivait aux aubergistes de transmettre au lieutenant-général de la
juridiction royale « un rôle de ceux qui auront logé chez eux et de l'aviser de ceux
qui auraient refusé de déclarer leur nom ». L'article 6 les obligeait « d'avoir
une salle basse, une cour ou un jardin où donner à boire à ceux qui viendront chez eux
faire des écots de vin ou autres boissons ». L'article 7 faisait défense aux
cabaretiers et aubergistes « de donner à boire le soir après dix heures, dans le
lieu marqué pour les écots et de tenir aucun buveur dans leur maison fermée, à moins
qu`il n`y loge, sous peine de 100 livres d`amende... ». L'article 9 interdisait « de
donner à jouer aux dés ou aux cartes dans aucune chambre de leur maison comme aussi d`y
laisser fumer sous peine de 10 livres d`amende pour chaque joueur ou fumeur qui y serait
trouvé, et de ne souffrir aucun jurement ou blasphème, et que personne ne s'y enivre à
peine de 50 livres d`amende
». Par l'article 12, qui lève le voile sur les
petits trafics clandestins dont les cabarets et les auberges, à l'instar de nos modernes
tavernes, étaient déjà les lieux d`élection, il était défendu de « recevoir des
fils de famille, valets, domestiques ou soldats, en paiement du vin ou autres boissons
qu'ils leur livreront, aucunes hardes, bouteilles de verre, de faïence ou de grès,
plats, assiettes, cuillers, fourchettes et autres ustensiles d`hôtel, sous peine d`être
réputé receleurs et d`être punis comme tels
» Enfin l'article 14 interdisait
« d'ouvrir et de donner à boire les fêtes et dimanches, pendant le service divin,
savoir de 9 heures à 11 heures de l`avant-midi, et de 2 heures à quatre heures de
l`après-midi, sous peine d`amende la première fois et de se voir fermer la seconde
» Décidément nos ancêtres étaient du monde ordinaire qu`il fallait aider à se
bien conduire!
L`AUBERGE DE JOSEPH GAUTHIER
À en juger par ce que nous apprend de l'établissement de Joseph Gauthier un bail de
location des lieux consenti par le tuteur de ses enfants peu après son décès, ce devait
être une modeste auberge, suffisante toutefois pour les gens de Boucherville et pour les
quelques voyageurs d`occasion que leurs affaires y amenaient. En quel endroit du bourg se
trouvait-elle située? Son propriétaire y possédait deux emplacements : l'un sur la rue
Saint-Charles, l`autre sur la rue Saint-Jean. Il ne construisit jamais rien sur le lot de
la rue Saint-Charles, comme on peut le constater par l`inventaire de ses immeubles fait
après son décès, tandis que le bail, par lequel son frère François loua celui de la
rue Saint-Jean, également après son décès, ne laisse aucune place au doute : c`est
bien sur la rue Saint-Jean, aujourd'hui rue de Grand-pré, qu`elle était située.
L`AUBERGE FAIT TOILETTE NEUVE
Lorsqu'en 1731 Joseph avait acquis par échange avec Daniel Poirier le terrain de la rue
Saint-Jean, il n'y avait dessus ni maison ni hangar, du moins c'est ce qui ressort du
texte du contrat. Il dut s'y bâtir, comme c`était souvent la coutume, une petite maison
de pièces sur pièces, laquelle, tant qu'il s'en tint à la tonnellerie, suffit à ses
besoins et à ceux de sa famille. Mais, devenu aubergiste, il lui fallait, pour se
conformer aux règlements et plaire à sa clientèle, rénover son établissement. C'est
pourquoi il passa en 1744 avec Michel Huet dit Dulude, maçon et entrepreneur de
Boucherville, un contrat « pour la maçonne » de sa maison. Dans cette
convention, « ledit Dulude, s'oblige de faire la maçonne dudit Gauthier de pierres
sous combles dont ledit Gauthier la lèvera d'un pied et ledit entrepreneur aidera de sa
personne à monter et étançonner ledit comble, et généralement faire pour ladite
maison tout ce qu`il sera nécessaire et qui dépendra de ladite maison, savoir : foyer,
réduit, crépi ou joint à volonté dudit Gauthier; de plus, un mur dans la cave
jusqu`aux lambourdes, les deux pignons avec une cheminée à chaque pignon, comme aussi
les ravalements à plein. Et ledit Gauthier pour ladite maison s`oblige de fournir tout ce
qu`il sera nécessaire jusqu`aux manuvres. Et ledit entrepreneur se nourrira avec
ses compagnons. Et, en outre, ledit Gauthier promet et s`oblige de bailler et payer audit
entrepreneur pour ladite maçonne la somme de cent quarante livres en argent au fur et à
mesure que ladite maison se fera. En outre, vingt livres de lard aussitôt à la demande
dudit entrepreneur
» (A. Loiseau, 14-7-1744).
Ce savoureux échantillon de la prose notariale d`Antoine Loiseau ne nous dit pas, loin de
là, tout ce que nous voudrions savoir de l`auberge de Joseph Gauthier : il en omet entre
autres choses les dimensions. Un document postérieur en énumère les pièces du
rez-de-chaussée; c`était une chambre, une salle, un cabinet et une cuisine
« le
tout bien logeable, » y est-il dit.
DÉCÈS PRÉMATURÉS
Ni Joseph Gauthier ni sa femme n`atteignirent la vieillesse; on peut même dire qu`ils
connurent tous deux une fin prématurée. Marie-Josephe Louvois mourut à trente-sept ans,
probablement des suites de ses dernières couches : elle avait donné naissance à une
fille le 8 juin 1751 et elle fut inhumée à Boucherville le 12 juillet suivant.
Ce dut être un dur coup que la perte quasi soudaine et imprévue de sa femme. Coup
d`autant plus accablant qu`il le laissait avec quatre enfants, dont le plus jeune n`avais
qu`un mois. Est-ce l`épreuve qui ébranla et ruina la santé de père? Ou bien, était-il
déjà pris du mal qui allait l`emporter? À la veille d`atteindre sa quarante-neuvième
année, Joseph mourrait à Boucherville le 3 mai 1753 et le lendemain y était inhumé,
comme le relate le registre de la paroisse de la Saint-Famille. « L`an mil sept-cent
cinquante trois, le quatrième jour du mois de mai par moi, prêtre soussigné a été
inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Joseph Gauthier dit Saint-Germain
âgé d`environ quarante ans (sic) ayant reçu l`extrême-onction, après avoir observé
les cérémonies ordinaires en présence de Pierre Gauthier et François Gauthier frères,
qui ont déclaré ne savoir signer. »
Joseph Gauthier fut-il le premier aubergiste de Boucherville? C'est probable. Des
recherches minutieuses et multiples n'ont pas révélé qu`il ait eu des prédécesseurs
dans ce métier. À sa façon, il fut donc un pionnier industrieux et entendu aux
affaires. Diverses transactions auxquelles il fut partie montrent qu`il avait la confiance
de ses concitoyens et qu`il était bien inséré dans la petite communauté
bouchervilloise de ce temps.
Notes :
(1) Le demi-minot, moins lourd et plus commode que le minot a été fabriqué et utilisé
à celui-ci.
(2) « Des métiers et des hommes au village » Bernard Henry, Éditions du Seuil,
Paris.
« La civilization traditionnelle de l'habitant aux XVII et XVIII siècles »
Robert-Lionel Séguin, Éditions Fides, Ottawa, 1967.
Extrait des notes personnelles de Armand Gauthier dont une partie fut publiée dans «
LUSTUCRU » No 4, automne 1977, Publication de la Société d`histoire de Îles Percées,
Boucherville.

L'Association de généalogie des familles Gauthier est
reconnaissante de la co-opération de Raymond Gauthier qui nous a gracieusement fourni le
texte de cette historique de Joseph Gauthier.
Ces quelques lignes de Raymond qualifie bien son ami Armand Gauthier :
« Membre émérite de la S.G.C.F., Armand Gauthier,
1898-1992, a été directeur des études à Arvida et professeur à l'Université Laval et
à l'Université de Montréal.
J'ai connu monsieur Armand Gauthier en février 1988 lorsque qu'il résidait avec son
épouse au Manoir de Cartierville, rue Grenet à Montréal. Je retiens de cet homme
quelqu'un de fier et cultivé avec un beau parlé. Il était alors âgé de 90 ans. Nous
avons passé plusieurs samedi après-midi à discuter de généalogie et autres sujets.
Son épouse qui était paralysé depuis plusieurs années assistait toujours à ces
rencontres. Comme il ne faisait plus de généalogie depuis quelques années, il m'a
généreusement transmis l'histoire de notre ancêtre commun - Germain ainsi que celles de
ses enfants. Je vous en souhaite une bonne lecture. »
Raymond Gauthier de Montréal.
Membre #7405 S.G.C.F. / #2533 S.G.Q.
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