Marie-Françoise Gauthier dit St-Germain
1687 1771
ENFANCE ET
JEUNESSE
Marie-Françoise
était la quatrième des enfants de Germain Gauthier et de Jeanne Beauchamp. Elle vit le
jour à Boucherville, en 1687, lannée même où, selon toute vraisemblance, ses
parents vinrent y demeurer. Son acte de baptême, le premier où apparaît dans les
registres de Boucherville le nom de Germain Gauthier dit St-Germain, mais qui bon an mal
an, durant plus de deux siècles, sera suivi dune multitude dautres où
reviendra le même patronyme, se lit ainsi (1) :
« Le treizième jour de juin 1687 par moi Pierre
de Baumont prêtre chanoine de léglise cathédrale, faisant les fonctions curiales
à Boucherville et autres lieux a été baptisé en léglise de la Ste-Famille de
Boucherville Françoise Gautier fille de Germain Gautier, abitant de Boucherville et de
Jeanne Beauchamp, son épouse, né dhyer son parrain, Pierre Beauchamp fils de
Jacques Beauchamp et de Marie Dardeyne sa femme de la paroisse de la Pointe-aux-Trembles
en l`isle de Montréal, sa marraine Françoise Larrivée fille de pierre Larrivée abitant de Boucherville et de Denise
Beauchamp sa femme lesquels ont déclaré ne savoir signer suivant lordonnance. »
Pierre de Baumont, ptre.
Les années de
lenfance et de ladolescence de Marie-Françoise pouvaient-elles être pour ses
parents comme pour leurs concitoyens de Boucherville autre chose que des années de dur
labeur et de grand danger! De labeur car la terre de la Côte de St-Joseph où
sétablissait alors la famille Gauthier, si elle nétait pas toute en bois
debout, nétait à coup sûr que partiellement défrichée. Toute la seigneurie de
Boucherville, dailleurs, malgré la puissante impulsion que Pierre Boucher y donnait
à la colonisation, nen était encore quau début de son développement. On y
trouvait, à la fin du 17e siècle, que deux rangs de concession : celles
de la devanture et celles de la Côte St-Joseph dont le front sappuyait au bout des
premières à vingt-cinq arpents du Fleuve. Cest de ce quils parvenaient à
déserter « et à mettre en valeur » que les colons tiraient leur
subsistance. Seuls, et ils sont rares aujourdhui-ceux qui ont entrevu, comme ce fut
le cas de l`auteur dans son enfance, ce que signifie l`expression « faire de la terre
neuve » ont une idée du labeur surhumain quont accompli nos ancêtres. Il
semble bien que Germain Gauthier ait défriché la quasi totalité de ses cent-dix arpents
de terre! Et ce, avec les moyens dalors!
Et cela nest pas fait sans
danger. La dernière décade du 17e siècle fut pour les habitants de
Ville-Marie et des environs, pour ceux de Boucherville entre autres, une période durant
laquelle les Iroquois multiplièrent les embuscades et les attaques. Lannée 1695,
au dire du P. Charlevoix fut particulièrement ensanglanté :
« Pendant
une nuit sombre de lété, ils pénétrèrent jusquaux habitations, se
précipitèrent sur les familles endormies se livrant à un massacre dont les horreurs ne
furent surpassées que par celui de Lachine ».
Christophe
Février, Sr de Lacroix, fut lune des victimes de ce raid. Tel était le
climat où grandirent les aînés de Germain Gauthier, Denise, Jean, Pierre et
Marie-Françoise. Lorsque de nos jours, un octogénaire évoque ses souvenirs
denfance, les occupations, les jeux, les coutumes des jours de sa jeunesse, ceux qui
lentendent ont peine à le croire tant les choses ont changé
Quel conteur
inspiré, quel visionnaire des temps lointains où ils vécurent nous dira jamais ce que
fut lenfance de nos aïeux.
PREMIER
MARIAGE : 1708 1725
La paix,
cependant, était revenue, et la forêt, dannée en année avait reculé devant la
hache de lancien soldat devenu « habitant » et concessionnaire
dune bonne terre de plus de cent arpents. Ses aînés avaient grandi; deux
dentre eux, Denise et Pierre, étaient mariés, mais Denise que le décès de son
mari avait laissée veuve en 1703, était revenue depuis peu habiter avec ses parents à
Boucherville. En ce jour dété finissant de lan 1708, cétait grand
branle-bas en la maison des Gauthier, à la Côte de St-Joseph. Marie-Françoise,
assistée de ses père et mère, en présence de ses frères, Jean et François, de sa
sur Denise, de son oncle Pierre Larrivée, de Joseph Robert et Pierre Richard, ses
cousins, passait un contrat de mariage avec Pierre Botquin dit St-André, soldat
dune compagnie du détachement des troupes de la marine et fils de Pierre Botquin et
de Claude Bourgoin. Les témoins de Pierre Botquin nétaient autres que son
capitaine, le Sieur Charles Petit de Devilliers et son épouse dame Magdeleine Gaultier de
Varennes. Les futurs époux allaient, selon la coutume du temps et aux termes de leur
contrat :
« être
uns et communs en tous biens meubles et conquels immeubles quils auront et feront
ensemble pendant leur futur mariage
»
Des biens, il
nest pas dit ce que Pierre Botquin en apportait à la communauté, on peut cependant
déduire quil nétait pas sans le sou, si lon se réfère à diverses
transactions quil fit peu après son mariage et où il est dit quil paya
comptant. Quant à Marie Gauthier, ses parents ne la laissaient pas partir les mains
vides. Le contrat stipule en effet que :
« pour la bonne amitié que led Gautier et sa
femme ont pour lad marie gautier Leur fille, ils promettent Luy donner quinze minot de
Bled froment, une vache, un cochon gras près à tuer, Et ce de jour en jour »
(Tailhandier, 20-9-1708).
MENUISIER À
BOUCHERVILLE
Puis, quatre
jours plus tard, le 24 septembre 1708, en léglise paroissiale de Boucherville, M.
le curé Robert de La Saudraye, en présence de nombreux parents et amis, bénissait
lunion des deux jeunes gens.
Durant le mois
qui suivit, ceux-ci logèrent chez Germain Gauthier, mais dès le début de novembre
Pierre Botquin achetait de Jean Daunay et de sa mère Marie Richard
« un emplacement de terre situé dans le bourg de
Boucherville contenant cinquante pieds près de long et de large tout le terrain qui se
trouve entre les deux rues, tenant dun côté à lemplacement du Sr
Gilles Papin, de lautre à celuy du Sr de Montbrun
sur lequel
emplacement il y a une maison de pièces sur pièces, couverte de planches, plancher haut
et bas, cloisons, porte et fenêtres, ferrures
pour le prix de 160 livres, monnaye de
ce pays laquelle somme led bottequin a payé en monnaye de cartes »
(Tailhandier, 4-11-1708).
Cest donc
au village et non sur une terre que sétablissaient dabord Pierre Botquin et
sa jeune femme. La raison en est quil était menuisier-tourneur et il paraît avoir
toujours vécu principalement de lexercice de son métier, mais un peu aussi de la
culture de la terre (2). Cest pourquoi il nest pas surprenant de le
revoir acheter, en 1710 de Pierre Deniau et Marie César sa femme, une lisière de 27
arpents de long mais dinégale largeur faisant partie dune concession située
à la Côte de St-Joseph et dont la devanture se trouvait sur le « lac ». Ce
lopin de terre dune superficie de 7 à 8 arpents lui coûtait 120 livres quil
paya comptant en monnaye de cartes (Tailhandier, 13-5-1710).
Mais il se
trouva que M. Boucher qui, en vertu dune clause des contrats de concession, pouvait
racheter préférablement à quiconque, toute terre ou toute portion de terre de sa
seigneurie si elle venait à être mise en vente, se prévalut de son droit dans le cas du
lopin sudit. Le lendemain même du jour où Pierre Botquin lavait acheté, Pierre
Boucher le lui retira contre remboursement du prix et des frais de notaire (Tailhandier,
14-5-1710).
Mais le mari de
Françoise Gauthier ne renonça pas pour autant à son projet de posséder une terre bien
à lui. Lannée suivante, il en achetait une autre de 3 arpents de front sur 25 de
profondeur, située dans la seigneurie de Boucherville à la Côte St-Jean au troisième
rangs des habitants. Détail intéressant, cette terre qui tenait sur le devant au bout de
celle de Jacques Denoyon, deuxième voisin de Germain Gauthier, était, pour la plus
grande partie « en bois debout » et prairie. Le vendeur, Ignace Piché en demanda
200 livres que lacquéreur paya comptant en monnaye de cartes. (Tailhandier,
7-8-1711)
À LA CÔTE
ST-MARTIN
Quel motif
avait poussé Pierre Botquin à faire cet achat? Voulait-il se constituer une source
dapprovisionnement en bois de service et en bois de chauffage? Voyait-il la
possibilité de revendre cette terre à profit à brève échéance? Avait-il vraiment
lintention de se fixer à demeure à Boucherville et ne se décidant-il
quaprès bien bien des hésitations à suivre son beau-frère Jean Gauthier dans la
seigneurie de Montréal? Ce dernier achetait , en effet,
le 10 août 1711 du Sr Jean Cusson une concession dune superficie
de 100 arpents, sise à la Côte St-Martin, dans la banlieue de la ville. Le même jour,
Pierre Botquin acquérait du même Jean Cusson une concession de même étendue, située
aussi à la Côte St-Martin et qui nétait séparée de celle de son beau-frère que
par un voisin mitoyen. Cet achat était fait à la charge des rentes seigneuriales et pour
le prix de 1000 livres payables à la St-Martin suivant. Jean Gauthier se portait caution
de lentier paiement de cette somme (Tailhandier, 10-8-1711).
Il ny
avait alors sur cette terre ni maison ni bâtiment et Pierre Botquin dut commencer à se
bâtir sans délai car il allait déménager de Boucherville dès le printemps suivant (3).
Dans lintervalle, il disposa des deux propriétés quil possédait.
Ce fut
dabord son emplacement du village quil revendit pour 300 livres à René
Lemoyne, Sr Despins et que celui-ci lui paya comptant (Tailhandier, 24-12-1711)
puis au printemps suivant alors quil était déjà rendu à la Côte St-Martin, il
cédait pour 220 livres à Pierre Laporte sa concession de la Côte St-Jean (Tailhandier,
24-4-1712). Lacte de vente mentionne expressément quau moment de sa
passation, le vendeur demeurait à la Côte St-Martin, île de Montréal.
La Côte
St-Martin était, à cet époque, un rang dhabitations qui courait en bordure du
fleuve St-Laurent depuis la Longue Pointe en direction de Montréal, sur une distance
dun mille environ. La terre des Botquin était la dernière à louest du rang
et elle se situait quelque part où se trouve aujourdhui le boulevard Pie IX.
DE RETOUR À
BOUCHERVILLE
On pourrait
croire après ce qui vient dêtre dit, que Pierre Botquin et Marie Gauthier étaient
partis de Boucherville pour de bon
et quils sétaient définitivement
fixés dans la banlieue montréalaise. Eh bien non! Au printemps de 1713, ils achetaient
« de Me Jacques Bourdon, notaire et huissier royal, un emplacement de terre
situé dans le bourg de Boucherville sur le niveau de la rue Notre-Dame et sur lequel il
ny avait que sept poteaux de cèdre plantés debout » (Tailhandier, 25-5-1713).
Il est bien douteux que la famille Botquin soit revenue à Boucherville dès cette année
1713. On aura noté quil ny avait pas de maison sur lemplacement de la
rue Notre-Dame. Or, à sa revente, en 1719, il y en avait une. Quand Pierre Botquin en
termina-il la construction? Quand revint-il habiter Boucherville avec les siens.
Peut-être pas avant 1716. Lacte de baptême et de sépulture dun garçon,
Jean-Baptiste, figure en effet au registre de Notre-Dame, le premier le 4 mars et le
second le 22 juin de cette année-là. Cependant, trois autres enfants Botquin,
Marie-Madeleine, Jacques et Eustache, nés respectivement en 1717, 1718 et 1719 furent
baptisés à Boucherville comme le révèlent les registres de la paroisse de la
Sainte-Famille. De plus, on a au mois deux autres preuves que les Botquin habitaient
Boucherville en 1719. La première est la vente que fit à François, son frère, Marie
Gauthier, femme de Pierre Botquin, menuisier « demeurant à Boucherville », de
ses droits à la succession de sa mère, lesquels consistaient en un huitième de la
moitié de la terre de la Côte St-Joseph. Cette cession était faite aux conditions
accoutumées relatives aux droits seigneuriaux et moyennant le prix de 600 livres.
Lacquéreur cependant ne devait commencer à jouir de cette portion de terre
quaprès la mort de Germain Gauthier, son père dont les enfants dun commun
accord avaient convenu, après le décès de leur mère de lui laisser, sa vie durant, la
jouissance de leurs parts respectives (Tailhandier, 2-2-1719).
La seconde
preuve quon a des Botquin à Boucherville en 1719, cest la vente quils
firent les jours suivant à Daniel Poirier de lemplacement quils possédaient
au village depuis six ans. Le contrat stipule que les acquéreurs « commenceront
la jouissance de la maison le premier jour davril, auquel temps les vendeurs en
sortiront ». Étant convenu du prix de 810 livres et en ayant versé 210 livres
comptant, Daniel Poirier sobligeait à payer aux vendeurs « les 600 livres
restant, à leur maison de St-Martin, à la fin davril venant »
(Tailhandier, 13-2-1719).
DE RETOUR À LA
CÔTE ST-MARTIN
Quelques
semaines plus tard, précisément le 9 mai, Germain Gauthier séteignait à
Boucherville. De sa succession, il revenait à Marie-Françoise, comme à chacun de ses
frères et surs une huitième partie de tout ce quil délaissait. Les époux
Botquin qui avaient déjà cédé à François Gauthier leur part de lhéritage de
Jeanne Beauchamp firent de même avec ce qui leur revenait de Germain Gauthier. Voici
lessentiel du contrat quils passèrent à cette fin :
« Pierre Botquin, habitant de St-Martin et Marie
Gauthier sa femme, ont cédé au Sr François St-Germain, leur
frère
touts les droits et prétentions quils peuvent avoir dans les biens
meubles et immeubles présents et à venir des successions des défunts Germain Gauthier
et Jeanne Beauchamp leur père et mère
sans aucune chose en réserver et excepter
que leurs droits dans lemplacement et maison du village de Boucherville avec tous
les meubles meublants qui sont dans ladte maison, en sorte que, dans la terre
et concession, sise sur la seigneurie de Boucherville, appartenances et dépendances, les
vendeurs nen prétendront , à lavenir, aucune chose, même des grains
récoltés cette présente année sur ladte terre, sous prétexte de leur part
de fermage à moitié à cause de lusufruit quen possédait le Sr
Germain, leur père
cette vente faite pour et moyennant la somme de 800 livres,
monnaie de ce pays en cartes simples, faisant de France, celle de 300 livres réduction
ordonnée par sa Majesté, que lacquéreur soblige à payer au vendeur de jour
en jour » (M. Tailhandier, 4-10-1719).
Quatre jours
après la signature de ce contrat, Pierre Botquin donnait à son beau-frère, François
Gauthier, quittance de cette somme de 800 livres et dans le même acte, François Gauthier
promettait et sobligeait de payer dans le mois daoût de lannée
suivante, au Sieur Jean Lamoureux, habitant de Boucherville la même somme que celui-ci
avait prêtée audit Pierre Botquin. (M. Lepailleur, 8-10-1719)
Il est très
possible que largent emprunté à Jean Lamoureux ait servi à défrayer le coût
dune terre que Pierre Botquin et sa femme avaient achetée au début de lété
précédent. Cette terre était située à la côte St-Léonard, en lîle de
Montréal et elle mesurait 4 arpents de large sur 31 de profondeur, avec maison, hangar,
étable, « et tous les déserts, prairies et pâturages y contenus ». Les
Botquins lachetait de Jean Sabourin pour le prix de 1400 livres dont ils payèrent
600 livres comptant et les 800 livres restant, le 1 décembre 1719 (M. Lepailleur,
8-6-1719).
L« Aveu
et dénombrement de la Seigneurie de Montréal de 1731 » permet de nous faire une
bonne idée de ce quétait alors cette partie de lest de lîle de
Montréal où se trouvait cette terre. On y lit que :
« au bout de la profondeur des terres des deux
paroisses : la Pointe aux Trembles et la Longue-Pointe, est la Côte de St-Léonard.
Située dans le milieu de ladite Isle, lade Coste partagée en deux rangs
dhabitants par une Commune de 2 arpents de large au milieu de laquelle il y a un
Chemin de Roy et dans laquelle Coste sont établis les habitants cy-après dont le front
des habitations du premier Rang commence sur la Commune et la profondeur aboutit à lade ligne qui les sépare
davec la profondeur des habitations cy-dessus spécifiées sur le bord du fleuve; et
le front du second rang commence pareillement sur lade Commune et la profondeur
aboutit à lade ligne qui les sépare en profondeur davec les terres
concédées sur lautre coste qui représente le sud de lade isle le long
de la Rivière des Prairies de Laquelle Coste de St-Léonard, en commençant au Nord-est
et remontant au sud-ouest, les sept premiers habitants ne sont point coupé par lade commune
et dont le premier est
».
Suit la
nomenclature des censitaires du premier rang au nombre de 27 dont les terres
séchelonnent à gauche de la commune sur une distance de quelques 90 arpents. À
droite, en face des habitants du 1er rang se trouvaient, au nombre de 35,
celles des censitaires du deuxième rang. La terre de Pierre Botquin était la vingtième
en remontant du nord-est vers le sud-ouest et elles se situait à une soixantaine
darpents du « bas de la Coste ». Et lAveu contient cette
intéressante information:
« De tous lesquels habitants cy-dessus spécifiés
et désignés Des Deux Costés de la Commune de lade Coste st-Léonard, la
partie, à commencer au Nordest jusquà environ la moitié de la Coste dépend
de la paroisse de la Pointe-aux-trembles et le surplus, à la paroisse de la Longue-Pointe
».
Pierre Botquin
conserva quune couple dannée la totalité de cette terre. Cédant sans doute
à son penchant pour les marchés il en échangea une partie pour un emplacement situé au
cur de Montréal. Cest ce que nous révèle un contrat quil fit à cette
fin avec André Jodoin et Louise Edilot sa femme et en vertu duquel les parties faisaient
les échanges suivants :
« Pierre Botquin et Marie Gauthier sa femme
cédaient à titre déchange au Sr Jodoin la moitié de leur terre de la
Côte St-Léonard, i.e. deux arpents de front sur la profondeur totale de 31 arpents avec
le droit de commune annexé à la concession. En contre échange ledit Jodoin baillait à
Pierre Botquin et à Marie Gauthier, sa femme, un emplacement de 30 pieds de front sur 43
pieds de profondeur sis en la ville de Montréal, sur le niveau des rues St-Denis et
Ste-Thérèse, et aussi, construite sur ledt emplacement, une maison de 19
pieds de front sur 19 pieds de profondeur, de pièces sur pièces, couverte de planche
avec une cheminée de pierre, consistant en une chambre, un grenier et une cave, tenant
lesd emplacement et maison, Dun bout par devant à la rue St-Denis, dun autre
bout par derrière, le nommé Bourbonnière, dun costé, Pierre Desrochers et
dautre côté le terrain de Paul Daveluy
» (J. David, 23-3-1721). (4)
Cette maison de
ville eut été un fardeau si ses nouveaux propriétaires ne lavait fait valoir
aussitôt que possible. Peut-être exigeait-elle des réparations car ils ne la louèrent
quun an après lavoir achetée. Ils passèrent donc avec Théophile Barthe Me
armurier et Charlotte Alavoine, sa femme, un bail aux termes desquels
« Pierre Botquin, Me menuisier demeurant
à la Côte St-Martin a reconnu avoir baillé à titre de loyer et prix dargent pour
trois ans à commencer au quinze mai prochain et promet faire jouir pendant ledt
temps au Sr Théophile Barthe, maître armurier
une maison de pièces sur
pièces
sur le niveau de la rue Ste-Thérèse
avec cour par
derrière
moyennant soixante-douze livres de France pour chacune des trois années ».
(J. David, 13-4-1722)
Il était
naturel que Pierre Botquin, maître menuisier, peu fait au dur travail de la terre,
probablement de santé débile quil soit plus préoccupé de lexercice de son
métier que de déboiser et défricher ses deus terres
Cependant, il ne pouvait
sen désintéressé complètement. Ses contrats de concession stipulaient en effet
que les censitaires déboisent annuellement une certaine étendue de leur concession sous
peine de la voir retirer. Cest ce que lamena sans doute à conclure pour
satisfaire à cette obligation, un marché avec le Sieur André Jodoin habitant demeurant
à la Côte St-Léonard auquel « il cédait un poulain de deux ans à poil rouge pour
le paiement duquel ledit Jodoin promettait de faire abattre quatre arpents de bois sur la
terre du vendeur sis à la Côte St-Léonard, scavoir, 2 arpents au mois de juin de
lannée 1723 et 2 autres arpents au mois de juin de 1724 » (J.David,
17-11-1722).
On retrouve la
même préoccupation dans un autre contrat daté du mois daoût 1725 où Marie
Gauthier fut partie tant pour elle que pour son mari, sans doute alors trop malade pour
comparaître. Celui-ci avait précédemment effectué des travaux de menuiserie pour un
dénommé Pierre de Lahaize dont la terre était adjacente à celle des Botquin à la
côte St-Léonard. Comme ledt Lahaize navait pas encore acquitté le
coût de ces travaux, il promettait, pour le faire, de « nettoyer et mettre un arpent
et demi de terre prêt à mettre la pioche sur la terre des St-André
et ce au
commencement de mai de lannée 1726 » (J. David, 10-8-1725).
Ce fut la
dernière transaction à laquelle participa Pierre Botquin. Il mourut au début de
lhiver de 1725 et fut inhumé le 6 décembre dans le cimetière « proche de
léglise » Notre-Dame. Il était âgé de quelque quarante ans. Il
laissait Marie-Françoise Gauthier avec sept orphelins; cétaient Pierre 15 ans,
Joseph 13 ans, Jacques 9 ans, Eustache 5 ans, Agathe 4 ans, Marie-Josephe 3 ans, et
Nicolas 6 mois. Ses descendants ont laissé tombé la patronyme Botquin pour adopter celui
de St-André qui était le surnom de lancêtre et sous lequel on les trouve
aujourdhui.
HUIT ANNÉES DE
VEUVAGE 1725 - 1733
Les années qui
suivirent le décès de son mari furent à nen pas douter des années
difficiles pour la veuve St-André. Aucun de ses enfants sauf peut-être l`aîné Pierre,
n`était en âge de laider un peu de son travail. Il est probable que ses frères
Pierre, François et surtout Jean qui demeurait tout proche de chez elle, à la Côte
St-Martin laidèrent à traverser cette dure période. Malgré cela, elle ne put
éviter de sendetter, ce que dailleurs, elle avait commencé de faire au cours
de la dernière maladie de son mari. Cest ce que révèle linventaire des
biens de sa communauté avec Pierre Botquin lequel toutefois ne sera dressé quen
1735.
Il existe
aucune commune mesure entre la situation où se trouvait alors Marie Gauthier et celle
dune femme que, de nos jours, son mari (en mourant) laisserait dans les mêmes
conditions. Il n`y avait, en ce temps-là, ni assistance sociale, ni pension aux veuves
nécessiteuses, ni subventions familiales!
Les seuls ressources sur lesquelles la
veuve St-André put compter, cétait le maigre revenu du loyer de sa maison de
Montréal, et
la charité
ainsi que le travail de ses mains.
Il faut se
rappeler cependant quelle possédait en commun avec ses enfants la terre où elle
habitait à la Côte St-Martin, la moitié non vendue de celle de la Côte St-Léonard et
la maison de la rue St-Denis, les deux terres nétant que partiellement défrichées
faute de bras ne rapportaient pas même de quoi payer les rentes seigneuriales
SECOND
MARIAGE : 1733
La première
mention quil est ensuite faite de Marie Gauthier se trouve dans le registre de la
paroisse Notre-Dame où nous lisons que :
« Le treizième Jour du mois de Juin de lan
mil sept cent trente et trois après la publication des trois bans sans quil se soit
rencontré aucun empêchement ny opposition, Je soussigné, prêtre du séminaire de
St-Sulpice faisant les fonctions curiales dans la paroisse de Ville-Marie, ayant pris le
mutuel consentement par paroles de présent Jean rondot dit Ladouceur soldat de la
compagnie de M. de Blainville (5) âgé de trente-trois ans fils de deffunt
Bernard Rondot et de Jeanne Borderon ses père et mère de la paroisse de St-Sauveur,
ville et diocèse de la rochelle dune part et daussy présente Marie
Françoise gautier veuve de deffunt Pierre Botquin âgée de quarante cinq ans fille de
feu germain gautier et de deffunte Jeanne Beauchamp ses père et mère de cette paroisse
dautre part les ay marié selon les règles et coutumes observées dans la
ste-église en présence dalexis picard, jacques daniel, andré desnoyers dit
descombes et de françois dumaine, les deux derniers ont signé les autres ont déclaré
ne scavoir signer de ce enquis .
André Denoyet dit Decombe
François Du Maine »
Le contrat de
mariage des époux avait été reçu le 28 de ce mois de juin 1733 par le notaire Gaudion
de Chaumont en son étude de Montréal. Le document ne contient rien de particulièrement
révélateur si ce nest ce court passage où il est dit que
« les biens de la future épouse consistent en ce
quil lui reviendra du bien resté après le décès dudit Bocquin (sic) suivant
linventaire qui sera fait incessamment ».
Donc huit ans
plus tôt à la suite du décès de Pierre Botquin, il avait paru préférable à Marie
Gauthier et à ses frères, Jean, Pierre et François, hommes de bon conseil et au fait
des lois et coutumes de ne pas faire nommer de tuteur à ses enfants mineurs ni de faire
partager les biens, mais de laisser la mère utiliser le peu qui en restait pour sa
subsistance et celle des siens. En 1733 toutefois, la situation nétait plus la
même. Pierre, laîné des enfants était marié depuis trois ans et bien quil
neut encore lâge de majorité, il se trouvait du fait de son mariage en
pleine possessions de ses droits. Il était naturel quil pût compter sur sa part,
si modeste fût-elle, de lhéritage paternel. Joseph, son cadet avait 21 ans et il
ne devait pas non plus se désintéressé de la sienne. Mais surtout, Marie Gauthier, leur
mère, par son mariage avec Jean Baptiste Rondeau venait de constituer une nouvelle
communauté de biens. Il était impérieux que soit déterminer sans délai ce
quelle possédait en propre et quelle y apportait (J.B. Adhémar, 23-7-1734,
assemblée délection des tuteurs).
Un premier pas
fut franchi par linventaire fait à la requête de François Gauthier, oncle et
tuteur des enfants mineurs et de Joseph Lorrain, subrogé tuteur dont procès-verbal fut
dressé par le notaire J.B. Adhémar le 25 février 1734. Il ny est pas fait mention
des deux terres de la Côte St-Martin et de la Côte St-Léonard ni de lemplacement
de la ville; il ny est pas non plus question des meubles meublants mais seulement, « des biens meubles, ustensiles de ménage
linge, hardes, et autres choses » Ces autres choses, cétaient des titres de
propriété, des papiers et surtout lénumération des dettes passives.
Il faut bien le dire et sans honte, même compte
tenu de lépoque et des conditions difficiles dans lesquelles vivaient la plupart
des gens, cet inventaire est un document révélateur sinon de la misère, du moins de
lindigence du ménage Rondeau et les dernières années du ménage Botquin. Cette
situation sexplique facilement. Le métier de menuisier quavait exercer Pierre
Botquin et celui de cordonnier de Jean Rondeau nétaient guère plus lucratifs
lun que lautre. Les deux principaux, et pratiquement les seuls moyens de
subsistance des petites gens, c`était la culture du sol et « les voyages aux pays
dEn Haut » pour le compte des marchands de fourrure. Orni la terre de la Côte
St-Martin, ni celle de la Côte de St-Léonard nétaient suffisamment défrichées
pour nourrir leur propriétaires, alors même que celui-ci eut été « un habitant à
part entière », possédant le grément agricole nécessaire, ce qui nétait
pas le cas. Quant aux expéditions au pays de la fourrure, ni le nom de Pierre Botquin,
père, ni celui de Jean Baptiste Rondeaau ne figurent dans la liste pourtant considérable
des Engagements pour louest dressée par E. Z Massicotte.
Il nest
pas surprenant que dans ces conditions, les dettes se soient accumulées jusquà
atteindre le montant de près dun millier de livres. Notons cependant que le bilan
de la succession de Pierre Botquin demeurait positif si lon tient compte du fait que
les deux terres susdites et la maison de ville étaient payées et libres
dhypothèque. Le malheur, cétait quelles fussent, à lexception
de la propriété montréalaise, improductives, faute de bras pour y travailler.
Le partage
entre Marie Gauthier et ses enfants du premier lit des biens de sa communauté avec le
défunt Pierre Botquin donna lieu, comme cétait normal, à lintervention des
tribunaux devant lesquels durent se présentés, François Gauthier au nom et comme tuteur
des enfants Botquin dune part et Marie Gauthier, autorisée de Jean Baptiste Rondeau
son mari dautre part. Les documents judiciaires relatifs à cette procédure,
conservés aux ANQ de Montréal permettent den suivre les étapes depuis la sentence
dappointement le 6 juillet 1734, lordonnance et la sentence de partage des 9
et 10 février 1735 jusquà lassignation et lassermentation des
estimateurs et au dépôt de leur procès-verbal de visite le 10 mars 1735.
Le lecteur
trouvera peut-être intérêt à connaître le contenu des plus révélateur de ces
documents : la signature de partage et le procès-verbal des experts-estimateurs.
Par la sentence
de partage du 10 février 1735, Pierre Raimbaut conseiller de Roy et lieutenant-général
de la juridiction de Montréal, après avoir pris connaissance du dossier et tout
considéré, ordonnait :
« soit fait partage et division des biens de la
succession dudit défunt comme biens de communauté
sur yeux soit premièrement prise
et déduite au profit de Marie Gautier, la somme de mille cinquante livres du propre de
lade Gautier, suivant la reconnaissance dudt demandeur , Ensemble,
celle de cent cinquante livres pour préciput stipulé par son contrat de mariage et
dix-huit livres pour le remboursement des frais de linventaire et clôture
dycelui et à la charge de deux cent vingt-cinq livres pour son douaire, et au moyen
de quoi, lade Marie Gautier sera tenue de payer la moitié de la somme de neuf
cent trente-quatre livres dix-huit sols quatre deniers des dettes passives (de la
Communauté) et les trente livres vingt sols de frais funéraire seront acquittés par ses
enfants ainsy que lautre moitié des dettes, comme héritiers dud Défunt Botquin.
Et, aux fins que dessus, lesdits héritages et maisons de ladite succession seront prisés
et estimés par experts dont les parties conviendront devant nous; sinon, en sera par
nous, nommé un, doffice pour en estre sur lesdits titres fait partage ».
Un mois plus
tard, les parties, ie : François Gautier et sa sur Marie comparaissaient de
nouveau devant Me Raimbaut accompagné préalablement au partage, que celui-ci
peut être fait équitablement au cours de lété de 1735.
Lannée
précédente, il était né aux époux Rondeau un garçon qui fut baptisé à Montréal
sous le nom de Jean Baptiste, le 8 août 1734, mais, lenfant ne vécut que neuf
jours. Marie Gauthier neut pas dautre enfant de son second mariage.
Quant à ceux
quelle avait eus de Pierre Botquin et dont cinq vivaient à cette époque, deux
seulement, Jacques et Agathe demeuraient avec elle à la Côte St-Martin. Pierre,
laîné, qui sétait marié en 1730 paraît avoir habité Boucherville
jusquen 1740, année où il sétablit à l`Assomption. Joseph, de même,
déclare dans un contrat daté de 1735 demeurer à Boucherville. Eustache, enfin, paraît
avoir « été pris en élève » par François Gauthier son oncle et tuteur.
Cest du moins ce que laissent supposer les démarches que fit celui-ci en 1739 pour
établir son neveu encore mineur, il y a ensuite le fait que ce dernier mourut et fut
inhumé à Boucherville (R.C. 8-11-1741).
La sentence de
partage du 10 mars 1735 avait fixé à 467 livres, 9 sols et 2 deniers la part des dettes
passives à acquitter par Marie Gauthier. Selon toute vraisemblance, ce montant continuait
de croître et il devenait sans doute urgent de satisfaire aux demandes de certains
créanciers. La seule façon dy pourvoir, c`était de vendre au moins une partie des
immeubles qui lui étaient échus lors du partage susdit. Cest ce que fit Jean
Baptiste Rondeau par contrat passé devant Me François Lepailleur, le 1
février 1737, il cédait à François Gatien, stipulant pour son fils René,
lemplacement et la maison de la rue St-Denis pour le prix de 600 livres que
lacquéreur sobligeait à payer à raison de 505 livres, 12 sols et 2 deniers
au Sr Jean Baptiste Hervieux en acquit de pareille somme à lui due par les
vendeurs. Pour ce qui était des 94 livres, 7 sols et 10 deniers restants le Sr
Gatien promettait les payer toujours à lacquit des vendeurs, à Messires les
seigneurs de lIsle d Montréal pour les arrérages de rentes dues tant sur la maison
et lemplacement ainsi vendus que sur la terre de la Côte St-Martin.
Le premier
mariage de Marie Gauthier navait duré que dix-sept ans; son second devait prendre
fin après huit ans seulement. Jean Baptiste Rondeau mourut en effet le 20 juillet 1741 et
il fut inhumé le lendemain « dans le cimetière des pauvres de Ville-Marie ».
À la suite du
partage de 1735, il nétait resté à Marie Gauthier de la terre de la Côte
St-Martin quune moitié des 100 arpents quelle mesurait, lautre ayant
été attribuée à ses enfants. Mais, selon le rapport même des estimateurs, cette terre
était en grande partie boisée. Et il le peu de « désert » et de prairie qui
sy trouvait avait été laissé à labandon. Or, en 1741, Joseph Botquin moins
intéressé sans doute que son frère Pierre aux voyages aux pays de la fourrure, décida
de se fixer sur la terre de son frère. Il commença par acheter de Pierre la part qui
revenait à celui-ci sur la moitié échue aux enfants Botquin (A. Loiseau, 19-11-1741).
Il fit de même avec son frère Jacques, puis, lannée suivante sa mère lui faisait
cession des 100 arpents qui lui appartenaient encore. Le contrat qui scellait cette
donation abonde en détails précis et il constitue un document informatif de première
importance sur les conditions de vie de notre héroïne à cette époque. Il est dit entre
autres choses que :
« à
cause de son incapacité de pouvoir vivre de sa terre, même de payer les arrérages des
rentes seigneuriales et voulant éviter de tomber dans une extrême indigence, Marie
Gauthier a cédé à Joseph Botquin son fils les cinquante arpents de la terre de la Côte
St-Martin qui lui étaient échus à la suite du partage de 1735 ainsi que la maison et
les bâtiments qui sy trouvaient ne se réservant que sa chambre à titre
dusufruit jusquà son décès. Cette cession était faite aux charges pour
lacquéreur de payer les rentes et autres droits seigneuriaux ainsi que les
arrérages desdits droits et en plus une somme de 440 livres que sa mère devait à divers
créanciers. En outre, Joseph Botquin sobligeait à nourrir sa mère ainsi que sa
sur Agathe celle-ci jusquà ce quelle soit pourvue, et celle-là pendant
toute sa vie, à la faire soigner dans ses maladies, de lui payer annuellement pendant 4
ans une rente de 20 livres et ensuite de 50 livres jusquà son décès tant
quelle restera avec lui. Au cas où la
cédante ne pourrait saccommoder avec son fils et acquéreur, celui-ci
sengageait à lui verser une pension viagère de 100 livres sa vie durant; Enfin, il
sobligeait de la faire enterrer selon son état et condition et de lui faire dire
cent messes de requiem pour le repos de son âme. »
Détail
pittoresque, la cédante voulait que son fils lui sème «
un quart de minot de lin tous les ans sur la terre cédée et dans le meilleur
fonds di-celle. »
Les deux
frères de Joseph Botquin, Pierre et Jacques, après avoir pris arrangement avec lui
concernant leur part, consentirent au contrat et en ratifièrent les clauses (F. Simonnet,
9-4-1742).
TROISIÈME
MARIAGE
On peut se
demander si, en se démettant ainsi de son bien en faveur de son fils Joseph, Marie
Gauthier navait pas plus en vue l`établissement de celui-ci que d`assurer ses vieux
jours. Elle navait que cinquante huit ans et Agathe, sa fille, qui en avait
vingt-deux allait se marier deux ans plus tard. Elle nallait pas tarder à
contracter elle-même une troisième union. Le 5 février 1745, elle épousait à
Boucherville, Antoine Daunay, veuf de Madeleine Richaume. Leur contrat de mariage avait
été reçu en la maison de Jean Baptiste Pinard au bourg de Boucherville, en présence de
François et Joseph Gauthier, de Denise et Agnès Gauthier, de Joseph Botquin, de
Marie-Josephe Louvois, frères, surs, fils et belle-sur de la future épouse.
Les contractants convenaient de sépouser sous le régime de la communauté de biens
et dy apporter tous les meubles qui leur appartenaient « sans en faire
lestat ni lestimation, mais sen donner réciproquement la jouissance
leur vie durant pour être après le décès du dernier vivant partagés également avec
les autres biens dacquit sil sen trouve faits pendant leur communauté,
entre les enfants des deux côté .» De plus, le futur époux faisait à la future
épouse une pension viagère de 50 livres par année (A. Loiseau, No
1357).
Au temps où il
épousait Marie Gauthier, Antoine Daunay était propriétaire de la moitié de sa terre de
la Côte St-Joseph, lautre demie étant échue à ses enfants par succession de leur
défunte mère. La maison cependant, qui était située sur son dépens ne devait être
partagée que deux ans plus tard en vertu dune sentence intervenue en la juridiction
royale de Montréal le 10 janvier 1747. Tout en se voyant attribuer la propriété de la
moitié des bâtiments et de la maison, Antoine Daunay ne devait conserver la jouissance
de celle-ci que jusquà la Ste-Anne de cette année-là (A. Loiseau,
21-1-1747).
Cette
éventualité cependant ne le prenait pas au dépourvu. Au printemps de 1745, deux mois
après leur mariage, Antoine Daunay et Marie Gauthier, sa femme, se portaient acquéreur
pour la somme de 100 livres, auprès des héritiers de défunt Pierre Chaperon dun
petit emplacement situé rue Ste-Famille, dans le bourg de Boucherville (A. Loiseau,
27-4-1745). Ils sy firent construire une modeste maison dans laquelle ils
emménagèrent en quittant celle de la Côte St-Joseph. Ils y vécurent ensemble onze ans.
Et sur cette décade, les archives ne nous disent pratiquement rien à leur sujet si ce
nest quAntoine Daunay fit son testament le 1 octobre 1750. Il y léguait 10
livres à la chapelle de la Congrégation à Boucherville, 10 livres « aux plus
pauvres de la paroisse, 200 livres pour un service solennel et des messes pour le repos de
son âme. Le reste de son avoir devait être partagé entre ses enfants et légitimes
héritiers » (A. Loiseau).
On était ainsi
arrivé au printemps de 1758. La Guerre de Sept ans à laquelle se livraient outre
Atlantique la France et lAngleterre navait pas trouvé à gagner
lAmérique où elle approchait de son dénouement. Après cent cinquante ans
dappartenance française ce pays allait passer à dautres maîtres et un
nouvel état de choses allait remplacer lancien. Dans la petite maison de la rue
Ste-Famille, à Boucherville, les rumeurs et les rares nouvelles qui y parvenaient
trouvaient bien sûr leur écho mais on y avait des soucis plus humbles. Avec les ans, les
deux vieillard avaient vu leurs forces diminuer au point de ne plus pouvoir tenir maison.
Dans ces circonstances, il ne leur restait pas dautre issue que de se séparer et de
sen remettre à leurs enfants respectifs! Cest ce quils firent
effectivement le 12 mars 1758 par acte notarié par A. Loiseau sous le No 2728
de ses minutes et dans lequel il est expressément dit que :
« Antoine Daunay et Marie Gautier
disant
quils sont tous deux âgés, bien avancés et caducs et voulant demeurer chacun avec
leurs enfants, se sont, à ces causes, par ces présentes séparés de biens et ledit
Daunay a dès à présent livré à sa femme tous les meubles meublants quelle a
apportée dans sa communauté que ladite Gautier confesse avoir tous eus et reçus
présentement et elle en tient quitte son dit mari »
Chez lequel de
ses enfants Antoine Daunay alla-y-il finir ses jours? On ne sait
il mourut
lannée suivante à l`âge de 83 ans et fut inhumé à Boucherville le 1 juin 1759.
DERNIÈRES
ANNÉES ET MORT
Quant à Marie Gauthier, elle retourna vivre chez son fils Joseph Botquin. Lacte de donation quelle lui avait consentie seize ans plus tôt navait pas été résilié et les clauses, si lexécution en avait été particulièrement suspendue par son mariage, reprenaient toute leur force par lacte de séparation ci-dessus mentionné. Elle retrouvait à la Côte St-Martin une partie de sa vie avec les souvenirs de ses humbles joies et ses peines, mais les années avaient passé elle avait à présent soixante et onze ans et le temps de repos était bien venu cette fois. Put-elle le goûter en paix alors que survenaient des évènements qui changeaient le destin de ce pays et son peuple? De tous les enfants de Germain Gauthier et de Jeanne Beauchamp, aucun na vécu jusquà un âge aussi avancé que Marie-françoise. Elle fut non seulement contemporaine des capitulations de Québec et de Montréal ainsi que du traité de Paris mais elle connut les dix premières années du régime britannique elle séteignait le 27 novembre 1771 à lâge de 84 ans et elle fut inhumée le lendemain dans le cimetière paroissiale « proche de l`église Notre-Dame ».
NOTES:
(1)
Lorthographe et la
ponctuation de loriginal ont été respectées.
(2)
Qui, à cette époque,
pouvait se passer de la terre si dure à défricher fut-elle?
(3)
À moins quil ne
soit allé habiter chez son beau-frère Jean Gauthier dont la maison était assez grande
pour loger les deux familles.
(4) La rue St-Denis dont il sagit est aujourdhui la rue De Vaudreuil et il est facile dy localiser lendroit où se trouvait la maison des Botquin.
(5) Jean-Baptiste Céloron de Blainville, capitaine dune compagnie du détachement de la marine, chevalier de St-Louis, né à Paris en 1660, inhumé à Montréal le 4 juin 1735.

L'Association de généalogie des familles Gauthier est reconnaissante
de la co-opération de Raymond Gauthier qui nous a gracieusement fourni le texte de cette
historique de Marie-Françoise Gauthier.
Ces quelques lignes de Raymond qualifie bien son ami Armand Gauthier :
« Membre émérite de la S.G.C.F., Armand Gauthier, 1898-1992, a
été directeur des études à Arvida et professeur à l'Université Laval et à
l'Université de Montréal.
J'ai connu monsieur Armand Gauthier en février 1988 lorsque qu'il résidait avec son
épouse au Manoir de Cartierville, rue Grenet à Montréal. Je retiens de cet homme
quelqu'un de fier et cultivé avec un beau parlé. Il était alors âgé de 90 ans. Nous
avons passé plusieurs samedi après-midi à discuter de généalogie et autres sujets.
Son épouse qui était paralysé depuis plusieurs années assistait toujours à ces
rencontres. Comme il ne faisait plus de généalogie depuis quelques années, il m'a
généreusement transmis l'histoire de notre ancêtre commun - Germain ainsi que celles de
ses enfants. Je vous en souhaite une bonne lecture. »
Raymond Gauthier de Montréal.
Membre #7405 S.G.C.F. / #2533 S.G.Q.
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